Ressusciter les fondamentaux
En cette fin d’année 2011, le temps semble s’accélérer. Au mois de juin, les dirigeants français juraient leurs grands dieux que l’euro était une valeur sûre, que la Grèce était sauvée, que les banques avaient réussi leurs stress-test, que tout allait bien.
Passe l’été, arrive septembre.
En trois mois, non seulement ces belles certitudes ont toutes volé en éclat, mais il semble qu’à nouveau les vacances de Noël ne soient qu’un point d’orgue à la catastrophe dont rien ni personne ne semble pouvoir nous défendre. Car elle arrive et pointe son visage hideux, spectre dans l’ombre duquel nous vivons depuis quarante ans, déesse tutélaire qui, après avoir fait danser le monde occidental et ébloui de son soleil noir les peuples et leurs dirigeants, semble venir pour réclamer le salaire de son pacte.
Les journalistes et les économistes ont beau nous river sur la dette qui serait, selon eux, l’origine de cette crise, il est nécessaire de prendre un peu de hauteur et replacer les choses dans leur contexte : observons notre pays tel qu’il est devenu, par les trahisons de ses élites et l’effondrement moral de ses peuples pour faire un diagnostic à la hauteur de la situation.
Depuis 1968 (1), une course effrénée à la consommation, qui semble être désormais le but ultime de tout individu depuis que Mammon a pris le pas sur honneur et vertu ; une dénatalité programmée de manière volontaire, utilisant parallèlement l’asservissement des femmes au marché du travail, la fragilisation de la famille traditionnelle et de sa fécondité, le contrôle des naissances et le massacre des plus faibles (les enfants d’abord (2) , en attendant celui des personnes âgées) ; une immigration extra européenne massive dont les chiffres sont au mieux cachés, au pire falsifiés, immigration non assimilée, fait sans précédent dans l’histoire de notre pays ; la destruction des industries et de l’agriculture, comme le déplacement des
capitaux vers des lieux de production à plus haute valeur ajoutée, l’endoctrinement des jeunes Français dans l’école de la République pour les inciter à haïr leur passé (et donc eux-mêmes) et accepter de vivre dans une justification permanente de leurs reniements… le constat global est extrêmement lourd, pour ne pas dire mortel. Car avant que cette crise soit celle de la dette, elle est surtout celle d’une société qui s’est construite sur des valeurs qui n’en sont pas. Et les élites culturelles, scientifiques, économiques ou politiques qui dirigent notre pays depuis un siècle portent une responsabilité écrasante, particulièrement depuis les quarante dernières années…
Qu’observons-nous en effet ?
Sur le plan culturel, promotion est faite d’œuvres dites contemporaines, qui sous couvert de liberté d’expression, vont encore plus loin dans l’abjection et le rejet de tout ce qui fit
l’inspiration des artistes français depuis quinze siècles. Le théâtre, la musique, la peinture, la littérature contemporaines dégoulinent de médiocrité suffisante, de fausse compassion pour la souffrance humaine, mais de vraie bêtise subventionnée (comment ce pseudo-art pourrait-il ne serait-ce que subsister, sans l’argent de nos impôts ?) à l’image de ces pièces scandaleuses données dans de grandes villes françaises et insultant le Rédempteur de l’humanité. A la vacuité malsaine de ces artistes ratés répond l’ignorance repue et non moins prétentieuse de ces bobos soit disant révolutionnaires ; quelle ironie de voir ces cuistres dépressifs applaudir les CRS venus, au théâtre de la Ville, évacuer de la scène ces jeunes catholiques, garçons et filles, qui priaient à genoux en se tenant par les épaules…
Sur le plan scientifique, la recherche génétique qui transforme l’être humain en matériel biologique, s’affranchit de toute limite morale, pour arriver à promouvoir de monstrueuses découvertes, dont les applications feront presque passer les Fischer, les Brack et autres Mengele pour des sœurs de St Vincent de Paul.
Sur le plan économique (qui aurait dû être l’aspect le plus important de notre inventaire compte tenu de son influence), l’abandon d’une référence fixe et indiscutable de la valeur des monnaies, et l’adhésion à un système monétaire qui ne correspond pas aux capacités réelles de la France d’une part, l’abandon des frontières et des droits de douanes comme régulateurs de l’économie internationale d’autre part tissent l’arrière-plan d’une catastrophe économique
jamais connue auparavant. Ajoutons à cela un système totalement inacceptable du financement privé des déficits publics, qui à lui seul, mériterait plusieurs livres : alors que nos rois ont gagné de haute lutte d’arracher des mains des banquiers une indépendance qui pourtant coûtera la vie à l’Ancien régime (et à laquelle Napoléon Ier portera un remède efficace par la création de la Banque de France), nos dirigeants républicains, sans en faire part au peuple pour le bien duquel ils sont censés œuvrer, ont décidé que l’État n’emprunterait plus qu’auprès d’organismes privés, nationaux ou non, et contre taux d’intérêts (3).
Sur le plan politique, aucune période de notre histoire n’a donné l’exemple d’un tel spectacle : entre incompétence prétentieuse, lâcheté calculée, opportunisme intéressé et vice étalé sur la place publique, peu nombreux sont ceux qui gardent encore la stature d’homme d’État, au moins la notion du bien commun. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que ceux qui ont été chargés de conduire notre pays depuis quarante ans ne représentent pas le peuple qui les a élus, mais plutôt les intérêts de quelques-uns qui les ont mené où ils sont, pour les remplacer par d’autres, tout aussi veules, et dont les appareils politiques ne manquent pas…
Parce qu’on a méprisé les fondamentaux du réalisme et de la mission de l’homme d’État, qui est de servir, parce que les élites autoproclamées ont renié le pays qui les a pourtant fait naître, et nourri, et éduqué, parce que les peuples, par bêtise et ignorance coupable, n’ont eu de cesse de vouloir jouir toujours en épargnant l’effort de se hisser au niveau moral de leurs anciens, nous allons subir la plus grave épreuve qu’ait eu à traverser notre pays.
Quelle peut être notre réponse à cette situation ?
Tout d’abord, analyser les causes de ce désastre annoncé. Elles sont nombreuses et s’additionnent toutes ; néanmoins quelques lignes de réponse peuvent être dégagées.
Tout d’abord, accepter de voir que la démocratie telle qu’elle nous est imposée depuis 1789 ne peut pas fonctionner : la représentativité du peuple est artificielle, puisque les candidats aux plus hautes fonctions sortent tous de l’establishment, et qu’ils peuvent en plus modifier l’opinion à leur gré par le biais de la concupiscence qui habite chaque homme (4) (qui aura plutôt tendance à croire que demain, grâce à un tel, tout ira mieux, plutôt que de se redresser les manches et à agir) ; je ne parle même pas du mode de scrutin (5) , ni des moyens subtiles de détourner une élection (6) … Il est donc nécessaire de trouver un mode de représentation des citoyens plus efficace, car si les peuples de France savent que leur voix est entendue, ils seront plus enclin à investir un champ politique où ils se sentent étrangers.
Mais pourquoi diable, pourrez-vous penser, un écrivain royaliste parle-t-il du droit de voter ? La volonté royale n’est-elle pas tout dans une monarchie ? Elle l’était effectivement, dans un régime comme la monarchie absolue, dans lequel il était impossible de considérer les peuples de France comme un corps politique unifié et apte à parler d’une seule voix. Néanmoins, j’en surprendrai peut-être plus d’un en affirmant que l’on n’a jamais autant voté que sous nos rois. Car il n’a pas fallu attendre 1789 pour que la France se dote d’une vie politique locale, permettant, notamment dans les campagnes, aux hommes … et aux femmes (et oui !) d’exprimer non seulement leurs opinions sur les sujets les touchant directement, mais aussi décider de l’organisation de leur vie, comme de la répartition de l’impôt.
Il apparaît donc comme indispensable de rendre aux Français leur liberté quant à l’expression de leurs idées, mais aussi de leurs choix politiques par le biais de consultations directes et locales. Et cela n’est possible qu’à deux conditions. D’abord doter le pays de la seule structure capable d’assurer la paix et l’unité politique, comme le respect des libertés et des droits individuels comme collectifs, au-dessus des partis parce que devant les entendre tous : le roi. Ensuite, comme la centralisation française, héritière de la monarchie absolue, a étouffé l’expression des peuples de France dans leur diversité (7), admettre l’expérience d’un fédéralisme à la française, qui permettrait, tout en maintenant l’unité du pays, de redonner un espace de créativité et de liberté aux régions françaises (8).
Ensuite, faire évoluer le modèle de vie sociale et économique qui nous est proposés depuis la
fin de la Seconde guerre mondiale car totalement obsolète et nous ayant amené à la ruine dans laquelle nous nous débattons. Remettre, avec le christianisme, ce que le pape Jean-Paul II appelait la civilisation de l’amour. Et je ne fais pas ici le bisounours ! L’amour est exigeant, commande de donner le meilleur de soi pour les autres, impose la modération et la patience envers tous, pousse au sacrifice personnel pour le bien des nôtres. Et cela s’incarne surtout dans la vie familiale, avant même de l’être dans la vie sociale. Depuis trop longtemps maintenant, on considère la vie conjugale comme la juxtaposition de deux égoïsmes ; dans cette logique, la fécondité spirituelle et naturelle ne pourra être que médiocre : quel exemple en effet donner à des enfants si l’on n’a pas soi-même accepté de tout donner ? Comment transmettre l’exercice des vertus si l’on ne sait soi-même montrer combien elles sont aimables, et que les sacrifices qu’elles imposent ne sont rien comparé au bonheur qu’elles apportent ? Dépassant le cadre familial, ces pratiques pourront rayonner dans la vie politique, économique et sociale.
Dans la vie économique, savoir faire preuve de bon sens et de réalisme : au niveau familial, on ne vit pas en dépensant plus que ce que l’on gagne, et l’on doit impérativement savoir modérer ses envies pour ne pas courir à la ruine. Au niveau national, on ne va pas acheter chez les autres ce que l’on peut trouver chez soi. Cela impose à l’État de maîtriser parfaitement les instruments que sont l’émission monétaire et la protection des entreprises françaises. Oui, l’État a le devoir de réguler les échanges, comme il a celui de protéger ses ressortissants. Faire passer l’économique avant le politique est intrinsèquement pervers, mais compte tenu de l’ampleur du désastre, une incitation de l’État sera indispensable à la reconstruction économique.
Enfin, il est urgent de redonner aux Français un accès à la vie intellectuelle, par le biais d’une école refondée.
En effet, le niveau scolaire s’est objectivement et indubitablement effondré depuis quarante ans, par idéologie des uns, lâcheté des autres, paresse de tous. Un grand pays comme le nôtre ne peut accepter que sa jeunesse soit ignorante au point de méconnaître non seulement son histoire, mais aussi les moyens fondamentaux de l’expression écrite et orale, au risque de forger des générations de déracinés, étrangers à eux-mêmes. Ici, une réflexion de fond sur l’influence de l’audiovisuel sur la vie intellectuelle est indispensable, pour permettre aux parents et aux enfants de se réapproprier l’espace de leur vie intérieure, indispensable à toute vie d’étude.
Tout cela paraît bien utopique, me direz-vous… Oui, si nous regardons le grand corps malade de notre pays, non si ces principes fondamentaux simples sont incarnés par tous ceux qui ont décidé d’entrer en dissidence : car la résistance à la globalisation n’est pas seulement un acte de courage politique, mais il est surtout le seul moyen d’assurer la continuité de notre histoire.
À ce sujet, notre conviction légitimiste nous donne la certitude du Prince qu’il nous faut servir pour recouvrer notre liberté. Nous ne choisissons pas notre “candidat”, il nous est montré par les antiques lois fondamentales, et ce sont ces mêmes lois qui l’investissent de ce munus dont personne ne peut le priver, tant qu’il est en vie, et qui se transmettra à son successeur le plus proche dès son décès. Il est par grâce la quintessence de ce que nous sommes : Francs, c’est-à-dire hommes libres, devant pour nous réaliser, agir comme tels. Et je ne peux pas terminer cette courte réflexion sans évoquer un aspect fondamental de la reconstruction qu’il nous est donné de mener : il nous faut être des hommes, tant il est indiscutable que liberté ne se conçoit pas sans courage. Depuis trop longtemps, on féminise les hommes, qui doivent aussi être des pères, pour le plus grand malheur de leurs enfants et de la société tout entière. Brisons là ce carcan castrateur pour réinvestir le champ qui nous est propre, celui de l’action, gardant confiance dans les valeurs de nos Anciens. Nous devons être convaincus qu’avec leur foi, nous accomplirons de plus grandes choses encore, ajoutant notre page au grand livre des Gesta Dei per Francos.
Nicolas Ferrial.
(1) Nous aurions pu remonter plus haut : 1962, trahison et abandon d’une partie de notre population et de notre sol (avec la bénédiction du suffrage universel, ne l’oublions pas) ; 1944-1946, remplacement des élites françaises par une caste d’intellectuels d’obédience ou d’influence communiste ; 1936, triomphe de la révolution prolétarienne en France qui amènera directement l’esprit de Munich et la défaite de 1940, prélude à la collaboration dont on sait aujourd’hui qu’elle est en grande partie menée par des membres de la SFIO ; 1914, veille du grand massacre des hommes comme du bouleversement financier et monétaire qui va profiter aux nouveaux maîtres du monde… nous pouvons aller ainsi jusqu’à l’acte fondateur de ces catastrophes, 1789 et 1793. Restons modestes, et contentons-nous de cette fameuse “révolution” de 1968.
(2) Nous en sommes à 7,2 millions au compteur. Directement, l’absence de ces enfants nous prive d’un dynamisme et de talents qui ne seront jamais remplacés ; indirectement, elle fait passer ceux qui sont nés dans le monde des “survivants”, dont on commence à peine à mesurer les conséquences psychologiques, entretenant dans la société civile une démoralisation latente.
(3) En décembre 2011, la dette française est de 1711 milliards d’euros (soit 26.200 euros par personne et entre quatre et cinq années de budget de l’État) ; la charge de la dette (c’est-à-dire les intérêts seuls) pour l’année 2011 représente 48,82 milliards d’euros, et devient le premier poste de dépense.
(4) Il serait intéressant à ce propos de faire une étude globale sur les sujets abordés par les grands médias (surtout audiovisuels, puisque les plus abondamment utilisés) : les reportages et autres interventions, loin de suivre l’information, précèdent et influencent, par l’utilisation d’une rhétorique simpliste, souvent basée sur le sentiment, les grands débats de société qui sont ensuite évalués par sondages. La télévision est un instrument de conditionnement d’autant plus efficace, qu’il laisse croire aux téléspectateurs qu’ils sont informés, ce qui n’est absolument pas le cas.
(5) Je prendrai pour simple exemple la manière dont le traité de Maastricht a été voté : 13.165.475 votants ont choisi l’avenir d’un pays à l’époque de 58 millions d’habitants… Il aura suffi d’une différence de 538.775 électeurs pour faire basculer le choix vers le renoncement à l’indépendance de la France, ?uvre de plusieurs centaines d’années !
(6) Les 15.449.508 citoyens qui votèrent “non” au référendum de Lisbonne en 2005 (au passage, la majorité était constituée l’emportait de 2.641.268 voix, largement au-delà de l’adhésion à Maastricht !) virent leur vote invalidé par un artifice intellectuel de Nicolas Sarkozy, imposant aux peuples de France ce qu’ils avaient rejeté deux ans auparavant !
(7) Ne nous trompons pas sur cette expression : les Jacobins ont absolutisé un système qui était beaucoup plus libéral, et surtout dégagé totalement d’idéologie nationaliste. Ce sont les Révolutionnaires qui, par haine de ce qu’ils nommèrent le fédéralisme, empêchèrent la formation de ces communautés
(8) Je tremble en écrivant ces lignes compte tenu de la situation de certaines régions, minées par des forces dont le séparatisme avance peu à peu…
Article paru dans Le Lien légitimiste n° 42 – Novembre-décembre 2011
Adresse postale : Petit-Prix 17240 La Chapelle-Blanche-Saint-Martin
Tél 02 47 59 68 76 – Mél. gerard@villele.com





Bonjour,
Je m’intéresse de plus en plus au catholicisme et au royalisme. Une âme charitable pourrait-elle m’indiquer quelles oeuvres majeures à lire/consulter etc, histoire de me forger une solide culture dans ces domaines ?
D’avance merci.
@ Emily
Le Sieur franck Abed est le plus talentueux des représentants Royalistes et Catholiques.
http://www.franckabed.com/
Écrivez à Abed il doit avoir les réponses. Je vous conseille Bainville pour l histoire et la géopolitique.
Merci à tous pour vos réponses !