Saint Nicolas est de retour!

Il pleuvait et faisait froid ce 15 Aout (28, avec le nouveau calendrier) sur Moscou. Après les exceptionnelles chaleurs de ces 7 dernières semaines, ce changement de temps était plus que bienvenu. Quelques bourrasques de vent avaient achevé de transformer en mauvais souvenir les brouillards toxiques qui hantaient la capitale, suite aux incendies de forêt.

Comme tous les 15 Aout, la Russie Chrétienne fête la Dormition de la Très Sainte mère de Dieu. Comme tous les 15 Aout, le patriarche Kirill, successeur d’Alexis II, célèbre la Liturgie en la cathédrale de la Dormition, dans l’enceinte du Kremlin. Mais ce 15 Aout va voir un évènement qui sort de l’ordinaire.
Une foule se rassemble sur la Place Rouge. Le patriarche est présent, de même que le président Dimitri Medvedev. Ces deux hommes forts de la Russie s’apprêtent à faire bon accueil à un ami qui avait disparu dans la tourmente des années Staline et qui a été miraculeusement retrouvé. Il s’agit de l’icône de Saint Nicolas de Myre qui se trouve sur la tour du Kremlin dite « Spasski ». Cette icône, recouverte d’une couche de plâtre par les ouvriers qui devaient la détruire (mais qui l’ont ainsi préservée), venait d’être redécouverte. Et l’occasion de sa reconsécration allait devenir un symbole de cette Russie Chrétienne ressuscitée, dans laquelle Église et état ne sont plus opposés dans l’espace public, mais au contraire collaborent à sa construction, pour une société plus digne et plus juste.
Autre participant à signaler, et non des moindres : une immense foule, de tous âges et de toutes conditions.

Saint Nicolas était de retour chez lui. Après une longue et terrible nuit.

En 1917, la Russie « tomba entre les griffes du diable » selon la prophétie lucide de Grigori Efimovitch Novyi, plus connu sous son nom de Raspoutine. Un pouvoir antiChrétien et antihumain, reniant toute idée de transcendance divine et de dignité humaine transforme en fosse commune et en champ de ruines ce qui fut un pays certes imparfait, mais en pleine essor économique et social, d’une grande richesse spirituelle et culturelle, et surtout beaucoup plus paisible. Au premier rang des victimes, l’Église, ses évêques, comme Benjamin de Pétrograd, ses prêtres, ses laics, fusillés, torturés, assassinés par milliers, puis par dizaines de milliers, dans des conditions qui dépassent en horreur tout ce qui fut pratiqué jusqu’alors. Et ce n’était qu’un début.
Cette campagne s’en prend aussi au patrimoine religieux. La guerre civile vit déjà, de façon sauvage, la destruction d’un grand nombre d’églises. Dès Février 1922 (en particulier dans son télégramme du 19 mars 1922 adressé aux membres du Politburo), Lénine lance une grande campagne de confiscation générale des biens de l’Église, pour les séculariser (le monastère des Solovki transformé en camp de concentration), les détruire (l’ermitage Glinski). Ainsi, rien que sous la férule de Lénine, des 360 000 prêtres d’avant la révolution, seuls plus de 30 000 survivaient en 1922. Des plus de 300 000 églises et chapelles ne subsistaient que 60 000. Et l’hécatombe allait se poursuivre au cours des années suivantes. 722 monastères furent ou détruits, ou sécularisés.

Ceux qui ont eu la chance de voir des films soviétiques, que ce soit des films littéraires (au demeurant de très hautes qualité) comme « Le Blizzard » de Vladimir Basov (1964, d’après une nouvelle de Pouchkine), ou des comédies de Léonid Gaidai comme « Ivan Vassilievitch » (au demeurant très drôles et peu politisées) auront eu un aperçu de ces bâtiments religieux transformés en bureaux, en salle de spectacle, voire en train de tomber lentement en ruine.

Au milieu de ces ruines, quelques fleurs s’obstinaient à ne pas mourir. Sous la forme de ces vieilles babouchkas en foulard et habillées de bric et de broc, dont personne ne se méfiait, mais qui, de façon discrète, maintenaient la prière dans ces musées envahis d’icônes pillées, dans ces églises livrées aux touristes venus s’extasier sur le pays du socialisme, dans le secret de leur familles, quand elles faisaient secrètement baptiser et catéchiser leurs petits-enfants, imitant en cela la grand-mère de l’Apôtre Timothée. Sous la forme aussi de jeunes enfants qui séchaient les réunions de Komsomols pour aller visiter en douce tel prêtre dont la réputation de sainteté commençait à se confirmer et qui y entrainaient leurs frères et sœurs. Au prix de gros risques, on s’en doute, notamment celui de se voir dénoncer aux « autorités compétentes » par leurs propres parents.
Sous la forme enfin de fresques et d’icônes qui, en état d’abandon la veille, furent retrouvées comme neuves le lendemain, exsudant de Grace et d’huile miraculeuse.

Ces humbles combattants, ces gardiens aussi fragiles qu’implacables finirent par gagner la partie. Après la chute du régime soviétique, victime de sa propre incurie, cette église que Nikita Khrouchtchev moquait en disant qu’il allait bientôt présenter le dernier « Pope » à la télévision, se mit à refleurir d’une façon inattendue, déroutant en cela les lobbies et officines qui souhaitaient profiter de la situation pour reprendre le terrain perdu en URSS depuis 1945.

Les vocations se multiplièrent, les églises se restaurèrent, les monastères réouvrirent leurs portes (comme celui de Novospasski, à Moscou, ou celui de Saint Nicolas, à Ougriech, qui sont aujourd’hui méconnaissables par rapport aux ruines qu’ils étaient), et les églises se remplirent de ces fidèles sortis enfin de leur clandestinité. Ce mouvement, artisanal, difficile et lent, devint de plus en plus organisé, jusqu’à permettre la reconstruction de l’église du Saint Sauveur, détruite en 1931, et réinaugurée le 19 Aout 2000, au cours d’une cérémonie qui vit la glorification de milliers de néomartyrs par le Patriarcat de Moscou.
Cela ne s’est pas fait tout seul, et beaucoup d’églises restituées de façon presque secrète (car, vous vous en doutez, les « opposants » qui s’étaient convenablement tus sous le régime soviétique, reviennent aujourd’hui en force pour dénoncer un « retour à l’ordre moral »…) le furent dans un état de ruine catastrophique qui faisait sembler désespérée toute tentative de réhabilitation.

Dernièrement, ce mouvement s’est accéléré avec le projet de loi, adopté par la Douma en deuxième lecture le 19 Novembre 2010 (345 voix pour, 42 contre), au terme duquel près de 17000 églises et monastères devraient être restitués (certains toujours en état catastrophique) au Patriarcat de Moscou pour être rendus à leur usage légitime d’origine. Encore une fois, levées de boucliers de la part de « conservateurs » de musée inquiets qui décrivent l’Église comme « incapable de conserver correctement » ces trésors (on se demande comment elle fit au cours des siècles…) et de laicards de toute sorte, de la même famille que Vladimir Posner, qui viennent dénoncer la « dictature cléricale » supposée d’aujourd’hui, alors que celle des communistes d’hier, bien réelle celle-là, ne les avaient pas plus ému que cela. La première de ces accusations tombe quand on voit les systèmes high-tech qui, du monastère Sainte Catherine au Mont Athos, servent à la préservation de trésors identiques (manuscrits, icônes…), trésors dont le pire ennemi fut jusqu’à présent, non pas la prétendue « ignorance » des moines mais l’indélicatesse et la grossièreté d’ »universitaires » qui se comportaient dans ces lieux avec condescendance. La deuxième accusation tombe quand, à la lecture des médias Russes, on constate que ce pays permet largement à ses journalistes de dire n’importe quoi, sans réelle conséquence derrière.

Les freins à cette restitution et à cette renaissance sont donc nombreux, et actifs, même si leur représentativité réelle au sein de la population est des plus réduite. Instrumentalisés convenablement et montés en épingle par les officines et lobbies qui avaient déjà sévi en 1917, ils sont aujourd’hui bénéficiaires d’une audience et d’une capacité matérielle d’action disproportionnée par rapport à leur taille réelle.

Mais ne désespérons pas. Des 40 églises qui étaient encore ouvertes à Moscou à la fin du communisme, on est passé à plus de 780. Qui, jour et nuit ne désemplissent pas. Jeunes, vieux, hommes, femmes, riches, pauvres, y affluent en masse pour y trouver le sens réel de leur vie : être avec le Christ. Un travail de catéchèse reste bien sûr à faire. Mais les ouvriers sont nombreux et de qualité.
Et c’est avec une joie sans mélange que l’on visite cette église du couvent Saintes Marthe et Marie, construite par Chtchoussev (le même qui construisit le mausolée de Lénine…), fresquée par Mikhail Nesterov abriter à nouveau les religieuses et leurs protégées, des orphelines dont elles s’occupent depuis la fondation du lieu par la Grande Duchesse Sainte Élisabeth. Dire que, quelques années auparavant, ce lieu était encore un atelier de réparation…

De l’autre côté de cette Europe Chrétienne, dans l’un des plus vieux pays Chrétiens du monde, l’on assiste à un tout autre spectacle, qui dure depuis 1905, pour ne pas dire depuis 1789. Des églises somptueuses, de véritables trésors artistiques et historiques vides, délabrées, laissées à un abandon total. A Maineville, en Normandie, une statue de Saint Louis datée du XIVième siècle et considérée par les spécialistes comme l’une des plus anciennes, un vrai trésor national est livré aux moisissures et à l’humidité. Dans le Val de Loir, de magnifiques chapelles comme celle de Saint Gilles à Montoire prennent lentement la poussière. Leur classification au patrimoine de l’UNESCO ne les sauve pas d’un irrémédiable désintérêt de la part des gouvernants qui reçurent ce pays en gestion et qui le laissent si tristement partir à l’errance.

Et on pourrait multiplier les exemples à l’envi…

Quel contraste avec les effets produits par la scélérate loi de Décembre 1905. Certes, ses effets ne se sont pas immédiatement fait sentir, mais cet abandon total de ce qui est non seulement une collection de lieux de rencontre privilégiée de Dieu, mais aussi la mémoire, l’identité et la dignité d’un peuple, en est bel et bien la conséquence directe et préméditée.

Loin de moi l’idée d’affirmer que tout est rose en Russie. De nombreux chantiers économiques et sociaux restent à faire, certaines catégories de population (en particulier les retraités) demeurent très vulnérables.
Mais quel contraste entre cette dynamique et celle de la république Française. D’un côté, nous avons une nation tombée sous la coupe d’un régime qui, au nom du bonheur de l’Humanité, se mit à commettre les pires crimes de l’Histoire. La Russie réhabilite son passé Chrétien et impérial (à petite vitesse, mais quand même). Et elle se redresse de façon spectaculaire, avec des habitants qui retrouvent de plus en plus l’espoir d’une vie meilleure et croient en leur nation.
De l’autre côté, nous avons une nation qui tomba sous la coupe de bonimenteurs qui lui firent miroiter des promesses de bonheur total, à condition de faire du passé table rase. Et qui, depuis ce funeste choix, ne fait que tomber de plus en plus bas.

Quand Saint Nicolas reviendra donc-il du côté de Paris?

Tchetnik

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Commentaires
5 Commentaires pour “Saint Nicolas est de retour!”
  1. CVV says:

    Très bel article !
    Que Saint Nicolas, saint patron de toutes les Russies, aide le Tsar (“ludique”: nom de code qu’on comprendra plus tard) à reprendre son trône et fasse en douceur de la Russie l’Etat catholique le plus dévôt du monde: là, la statue de l’Immaculée trônera place rouge à la place de l’infâme mausolée de Lénine, comme l’ a prophétisé le Père Kolbe, chevalier de l’Immaculée en créant la Milice de l’Immaculée, dans la poursuite par la force des âmes de l’évangélisation ratée des chevaliers de Sainte Marie des Allemands, c.à.d les Teutoniques.
    Les quelques 8 prêtres de la Milice de l’Immaculée ont survécu à moins d’1 km de l’explosion atomique en 1945 d’Hiroshima, la même chose à Nagasaki au jardin de l’Immaculée.
    Tout plutôt qu’une WW3 qui risque de brûler la majeure partie de la Russie selon les prophéties: est-ce que les perfides anglo-saxons vont être pour autant d’accord et lui faire le sort de Raspoutine ?
    Je ne me fais pas trop d’illusions…

  2. CVV says:

    Et n’oubliez pas SVP Sainte Geneviève ! Elle dont les prières dominent les lois du monde, qui commande à la mort, la maladie, aux démons et aux élèments (ça aurait été utile cet été en Russie face à HAARP).
    Ste Geneviève, fondatrice du Royaume catholique de France par ses seules prières, présente à Reims en la Noël 496, amie de St Siméon le stylite peut tout, si on l’invoque !
    Ne l’oubliez pas !
    A l’amitié franco-russe en Dieu

  3. Monsieur T says:

    La cathédrale du Christ-Sauveur est magnifique. Si un jour je voyage en Russie, elle fera partie de mon agenda touristique, c’est sûr! J’ai aussi en tête une gigantesque église en bois avec de nombreux dômes mais dont j’ai oublié le nom, si une âme charitable pouvait m’aider?

    “Les quelques 8 prêtres de la Milice de l’Immaculée ont survécu à moins d’1 km de l’explosion atomique en 1945 d’Hiroshima, la même chose à Nagasaki au jardin de l’Immaculée.”

    Le rosaire est plus fort qu’une bombe atomique.

  4. Tchetnik says:

    @Monsieur T

    Il doit s’agir de l’église de la Transfiguration, sur l’île de Kijii, en Carélie. Mais ce n,est pas à côté.

  5. Monsieur T says:

    Oui c’est cela, merci.
    En effet c’est au bout du monde.

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