Lumière des Nations… , par Tchetnik

Dans le Jourdain lorsque, Seigneur, tu fus baptisé,
à l’univers fut révélée la sainte Trinité ;
en ta faveur se fit entendre la voix du Père
te désignant comme Fils bien-aimé,
et l’Esprit sous forme de colombe
confirma la vérité du témoignage.
Christ notre Dieu qui t’est manifesté,
illuminateur du monde, gloire à toi.
« Voici l’Agneau de Dieu, Celui qui ôte les péchés du monde! »

On peut dire que Saint Jean Baptiste fut le dernier des Prophètes et le premier des Apôtres. Dans Son Œuvre de Salut, le Christ se devait d’accomplir l’ensemble des signes que le Père avait instaurés pour préparer l’humanité à accueillir son sauveur. Il se soumit ainsi à l’ensemble des prescriptions de la loi Mosaique (Il fut circoncit, Il fut présenté au Temple le 40ième jour de Sa naissance…). Pour cela, Il se présenta à Jean le Précurseur, son cousin selon la chair, qui, inspiré par l’Esprit Saint, pratiquait un rite baptismal qui, impuissant en lui-même à sauver, participait néanmoins à la conversion du cœur des hommes.
Mais pour accomplir Sa mission de prêtre, apporter le Salut à l’humanité, Sa mission de Prophète, enseigner la Vérité, et Sa mission de Roi, racheter les captifs du péché que nous sommes, Il devait aussi, en plus de cette humilité d’homme, témoigner de Sa grandeur et de Sa puissance de Dieu.

Dieu tout Puissant, Il s’est incarné dans notre condition de mortel pour nous sauver. Il en a revêtu le corps, l’âme, la volonté, et est passé par l’ensemble des rites et enseignements préparatoires de l’Ancienne Loi. Il le fallait bien pour pouvoir ensuite l’accomplir, lui donner son véritable sens. Comme lors de Sa Nativité, Il consentit à s’abaisser à notre niveau et à notre condition pour pouvoir nous sortir de ce mauvais pas dans lequel les bêtises de nos premiers parents nous avaient placés. En ce sens, Il subit le baptême de Jean, qui fut tout étonné de voir celui qui était son sauveur accepter de se soumettre à son office préparatoire. « Accepte qu’il en soit ainsi pour le moment ». En effet, chaque chose devait venir en son temps, pas de façon prématurée.
Il a fallu à l’humanité une très longue préparation pédagogique pour la préparer à son Salut. Pédagogie qui se révéla dans les vies des pères de la Genèse, dans les idéaux et prescriptions de la Loi Mosaique, dans les Prophéties des justes et dans les tribulations nombreuses du peuple Hébreux, au travers de ses hauts faits, mais aussi de ses infidélités et trahisons. Par conséquent, cette œuvre devait se poursuivre pas à pas, tout en témoignant de l’immense amour pour l’humanité de Dieu qui s’abaissa jusqu’à en assumer tous les aspects sans pour autant ne rien perdre de Sa puissance et de Sa majesté. Dieu nous a fait alors un immense don.

Mais à côté de cette humanité vulnérable, le Fils de Dieu dut aussi manifester Sa puissance, Sa Divinité. Car c’est elle qui nous sauve. En cela, son baptême fut l’occasion pour Lui de se manifester publiquement pour la première fois comme Fils de Dieu, dans une gloire surnaturelle qui fut la première manifestation claire de l’identité Trinitaire de Dieu. Un corps humain fut immergé dans les eaux et c’est le Fils de Dieu qui en ressortit manifesté. Manifesté par une voix puissante, celle du Père, qui fit descendre sur celui qu’Il appela alors « son Fils bien aimé », l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe. La Sainte Trinité fut alors révélée en une seule fois au monde des hommes, après être apparue de façon plus fragmentée au cours de l’Histoire du peuple Hébreux.
En cela, ce baptême du Seigneur fut bel et bien une « Théophanie », une manifestation claire et nette du Dieu Trinitaire et en particulier du Fils, de sa réalité et de Sa mission.

Un corps humain réel fut descendu et immergé dans le Jourdain. En cela, le Christ montra une nouvelle fois sa véritable humanité, sa véritable incarnation. Ce point est à retenir dans une Chrétienté qui fut secouée à maintes reprises par des pensées hérétiques qui firent du Christ un « pur esprit », voire un ange du ciel.
Mais ce corps humain était aussi divin. Et son immersion dans le Jourdain eut alors un effet qui dépassa très largement le simple cadre du rite. Par Son Baptême, ce fut la totalité de la Création qui ressentit la présence de Dieu, qui fut habitée et transfigurée par la réalité divine. Ce baptême intégra l’ensemble de la Création à l’œuvre du Salut de l’humanité. Dieu n’est pas un Dieu lointain qui se serait contenté de créer la terre, les cieux et tout ce qu’ils contiennent pour ensuite laisser l’humanité à son sort, se désintéressant de sa destinée. Cette version fut hélas développée par certaines philosophies car elle fut bien commode pour justifier l’usage immodéré, bestial et égoiste que l’homme pourrait faire de son libre-arbitre. Un Dieu considéré comme « lointain » ne se mêle en effet guère des affaires des hommes et par voie de conséquence, les laisserait entièrement livrés à eux-mêmes. Tout serait autorisé ici-bas, Dieu ne s’occupant de nous que là-haut…

Non. Car Dieu ne se contenta pas de nous observer du haut de Son Royaume. Tout au long de l’Ancien Testament, Il intervient de façon bel et bien concrète et effective dans l’Histoire des hommes, indirectement par la voix des Prophètes, mais aussi bel et bien directement.
Il envoya Son Fils revêtir un corps humain et pas une vague apparence d’homme, Il Le fit naitre selon la chair, vivre parmi les hommes, accomplir l’ensemble des prescriptions mosaiques et agir dans la condition humaine. Il effectua Sa mission, son triple sacerdoce au sein de l’humanité, de façon concrète.
Par Son baptême, le Christ se manifeste à nous. Dans Son humanité, comme dans Sa divinité. Il manifeste aussi Sa mission et commence à la réaliser. Auprès de nous, dans notre monde.

Par notre baptême, nous sommes lavés de notre déchéance et notre image divine se trouve révélée et exaltée. Mais, tout comme le baptême du Christ marqua le début de Sa mission, notre baptême ne fait que marquer le début de la réalisation du sens de Salut et de Sainteté que Dieu donne à nos vies. Un sens qui s’accomplit ici-bas et pas dans le Royaume d’en haut. Un sens qui concerne la totalité de l’être humain, corps et âme car il fut créé par Dieu comme une unité de personne. On ne peut alors prostituer le corps et prétendre purifier l’âme. Il est de coutume de dire que la vie humaine est peu de chose. Mais c’est un « peu de chose » créé par Dieu, habité par Dieu, et dont la qualité conditionne toute l’Éternité derrière. Selon que nous ayons vécu avec fidélité et honnêteté, ou que nous n’ayons fait que suivre nos pulsions faciles, la direction qui sera donnée alors sera fondamentalement différente. Et c’est dès ce monde ci que les choses se jouent.
Notre baptême ne sera sanctifiant que s’il est réalisé et confirmé ensuite dans une vie marquée par cette injonction du Précurseur : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est proche ». N’attendons pas de voir Dieu en face pour croire en Lui et n’attendons pas pour réaliser, du mieux que nous pouvons, Sa volonté. Dieu est miséricordieux sur la faiblesse des hommes. Il ne nous la reproche pas si nous travaillons avec fidélité et honnêteté. Mais en revanche, il est impitoyable sur la paresse.
« Le Verbe s’est fait Chair et Il a habité parmi nous ». Il est bel et bien présent parmi nous. Il suffit de Le reconnaitre et de Lui faire la première place en nous. En somme de rester fidèle aux promesses de notre illumination.

Le baptême de Vladimir Ier

En ce jour de la Théophanie 988, dans la ville de Kherson en Crimée, un prince barbare d’une rude contrée boréale Européenne fut baptisé, fut instauré enfant du Christ. Ce baptême allait changer radicalement le cours de l’Histoire de son peuple. Idolâtre, paien, pratiquant des sacrifices humains selon les anciennes Chroniques, ce peuple allait devenir l’un des plus riches, l’un des plus profonds mais aussi l’un des plus martyrisés peuples Chrétiens. Par son baptême, le Grand Prince Vladimir n’a pas seulement commencé l’histoire de son Salut personnel. En se plongeant dans les eaux du baptistère, il transfigura sa personne, mais aussi l’ensemble de son peuple.
De la même manière que le Christ toucha l’ensemble de la Création en s’immergeant dans les eaux du Jourdain, le souverain, tête, symbole et incarnation de la nation que Dieu lui a donné en héritage, transforme, illumine, lave et justifie la totalité des éléments de cette Nation. Son peuple d’abord, mais aussi sa langue, sa société, sa conception du beau, du bien, ses critères esthétiques qui se trouvent alors complètement rénovés, dans une nouvelle perspective, une destinée complètement inédite jusque-là.

Les peuples ont une existence pré-baptismale. Leurs critères esthétiques, littéraires, linguistiques, sociaux…peuvent avoir une existence antérieure à leur conversion. Mais cette dernière leur donne une direction complètement neuve, sans aucun rapport avec ce qu’ils avaient connu et exprimé jusqu’alors. Sur la base de ce qui existait, c’est une civilisation, une expression culturelle et artistique, une philosophie, une Weltanschauung, une compréhension de la dignité de la personne et du sens de la vie complètement nouvelles qui ont alors émergé.

Cette histoire s’est répétée tout au long de l’épopée de la civilisation Chrétienne, avec le roi Tiridate en Arménie, Myrian en Géorgie, Ezana en Éthiopie, Clovis en France, Mustimir en Serbie, Laoghaire en Irlande, Ethelbert en Angleterre (Kent) et encore bien d’autres.
Ces baptêmes, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, ne sont pas juste de belles histoires anciennes ou des affaires purement privées. Ils ont impliqué la totalité de la nation, de son peuple et de son identité, ce indépendamment de ce que les gens peuvent penser ou ne pas penser de nos jours. Appartenir à une nation, prétendre en être membre revient à l’aimer comme on aime son père et sa mère, à savoir après Dieu, après le Christ et l’Église, mais avec une place prépondérante, comme un vecteur de ce Dieu auquel nous accordons la première place. C’est reconnaitre et respecter la totalité de ce qui fait son identité, sa dignité, sa communauté de vie et de destin. On peut ne pas partager la signification eschatologique de cet héritage mais le reconnaitre et ne pas chercher à le changer reste un devoir fondamental de toute personne se prétendant de cette nation. On ne peut se réclamer d’une famille que l’on renie, en effet.

Mais après tout, pourquoi rejeter cet héritage spirituel? Pour le remplacer par quoi? Beaucoup s’y sont employés et n’en furent pas plus heureux. Le sens Chrétien de la vie est effectivement difficile à accomplir et demande beaucoup d’efforts de compréhension et de travail sur soi. Mais est-ce une raison valable pour le rejeter? Pour le remplacer par autre chose de bien plus mortifère et négatif? De courir après des chimères certainement plus vaines que les promesses de Salut de l’Écriture? N’oublions pas que, après Son baptême, au cours de son sacerdoce, le Christ nous dit « A quoi servirait-il à un homme de gagner le monde entier s’il doit y perdre son âme? ». En cette joie renouvelée de la présence réelle du Sauveur parmi nous, sachons nous souvenir des vraies richesses, de l’unique nécessaire, du véritable sens de notre vie de ce qui, dans notre monde, les incarne et les manifeste à nous.

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Commentaires
9 Commentaires pour “Lumière des Nations… , par Tchetnik”
  1. Dedieu says:

    Je veux te féliciter sans t’avoir lu.
    Je t’étudierais et critiquerais en temps utiles.
    Guy-Arnaud Dedieu.

  2. Welcome To Paradise says:

    Très grand merci, Tchetnik pour ce très beau post.

    « En cette joie renouvelée de la présence réelle du Sauveur parmi nous, sachons nous souvenir des vraies richesses, de l’unique nécessaire, du véritable sens de notre vie de ce qui, dans notre monde, les incarne et les manifeste à nous. »

    Et merci de rappeler ce qui est supposé être l’essence de notre vie à nous chrétiens : le Christ, son message, son chemin, l’Espérance qu’il nous enseigne et le sens qu’il donne à notre vie, qui va bien au-delà de cette vie ici-bas.

    Ne croyons pas que cela soit anodin dans le destin de nos nations, et en particulier celle de la France. Ce marécage athéo-nihiliste dans laquelle baigne notre société irradie la majorité de nos compatriotes qui, dès lors, alternent entre l’inaction totale, le fatalisme, et ce sentimentalisme hystérique irréfléchi à fleur de peau conduisant à de vains combats pour les pauvres clandestins à régulariser ABSOLUMENT ou Gaïa la Planète à sauver par un pot catalytique à poser sur le Hummer.

    Aveuglement total et errements garantis puisque l’horizon indépassable, c’est l’homme déifié et forcément décevant puisque seulement humain.

    Savoir se recentrer sur ce qui nous donne la force et le Chemin : Le Christ Sauveur. Malgré nos faiblesses d’hommes et de femmes. Malgré nos emportements parfois : j’ai failli me foutre sur la gueule avec un mec ce vendredi dans un rond-point d’une zone commerciale bondée (comme un con de sanguin que je suis) et ce dimanche matin, j’étais à genoux, humblement, pour que le célébrant me dépose la Sainte Hostie sur la langue.

    Kyrie eleison.

  3. Tâlib says:

    As’salam (Paix),

    @ Tchetnik

    J’ai pris connaissance du texte, il n’est pas adapté et à la porté de tou(te)s les chrétien(ne)s et aux non-chrétien(ne)s, mais j’ai trouver cela intéressant de lire votre point de vue et vos explications.

    Un point de vue islamique plus ou moins lié au sujet :

    Sourate AL-MA-IDAH (La table servie) – Versets 116 à 118

    “(…) [Rappelle-leur] le moment où Allah dira : “Ô ‘Issa [Jésus], fils de Myriam [Marie], est-ce toi qui as dit aux gens : “Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors d’Allah ? ” Il dira : “Gloire et pureté à Toi ! Il ne m’appartient pas de déclarer ce que je n’ai pas le droit de dire !

    Si je l’avais dit, Tu l’aurais su, certes. Tu sais ce qu’il y a en moi, et je ne sais pas ce qu’il y a en Toi. Tu es, en vérité, le grand connaisseur de tout ce qui est inconnu. Je ne leur ai dit que ce Tu m’avais commandé, [à savoir] : “Adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur”. Et je fus témoin contre eux aussi longtemps que je fus parmi eux. Puis quand Tu m’as rappelé, c’est Toi qui fus leur observateur attentif. Et Tu es témoin de toute chose.

    Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs. Et si Tu leur pardonnes, c’est Toi le Puissant, le Sage”.

    Pour tout complément voir exégèse des Versets cités ou de La Sourate entière (…)”

    @ Welcome To Paradise

    J’apprécie assez bien votre point de vue [théorique] exprimé.

    Was’salam.

  4. Blanche says:

    Merci pour ce très beau texte.

    Pourriez-vous me dire pourquoi vous considérez que le baptême de Jésus et sa première manifestation de Fils de Dieu ? Les Noces de Cana sont pourtant, par son premier miracle, sa première manifestation divine. Si vous avez un peu de temps, j’aimerais que vous me précisiez ce point.

    Encore merci.

  5. Tchetnik says:

    @Blanche

    Disons que Son baptème par Saint Jean le Précurseur est antérieur à l’épisode des Noces de Cana, et qu’il fut le théatre de la manifestation du Père qui le désigna bien comme “Son fils bien aimé en qui j,ai mis toute ma joie”, ainsi que de celle de L’Esprit Saint sous la forme d’une colombe.

    Cette manifestation n,eut pas lieu aux Noces de Cana, même si ce fut effectivement l’une des premières concrétisations de Sa réalité divine et de Sa mission.

  6. FromDaWu says:

    @ Tchetnik: Je me trompe en disant qu’aucun des 4 évangiles ne relatent les deux épisodes des noces de Cana et du baptême, ce qui ne permet pas de savoir lequel de ces deux évènements précèdent l’autre?

  7. Monsieur T says:

    Les noces de Cana sont présents dans l’évangile de Jean chapitre 2, l’épisode a lieu après son baptême.

  8. Tchetnik says:

    Effectivement, en recoupant les Synoptiques qui parlent du Baptème et l’Évangile selon Saint Jean qui mentionne les noces de Cana, on peut déduire que le premier eut lieu avant le second. Ce qui est théologiquement logique d,ailleurs, dans l’ordre d,accomplissement de la mission terrestre du Christ.

  9. FromDaWu says:

    Oui, Monsieur T a raison, le baptême du Christ est relaté à la fin de l’Evangile selon St Jean au chap. 1, et les noces de Cana au chap. 2

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