Les prisonniers du Caucase, par Tchetnik
Le tragique, lâche attentat du 24 Janvier 2011 à l’aéroport Domodedovo à Moscou, qui fit 35 morts et plus de 180 blessés, est là pour nous rappeler que, malgré deux guerres dures et longues, un tactique de contre-guerilla qui finit par porter ses fruits et une politique de pacification menée par l’actuelle équipe dirigeante, les choses ne sont pas réglées au Caucase.
Compte tenu du fait que cette région fut toujours une pétaudière très compliquée, aux dizaines d’ethnies, où les grandes et brillantes cultures (Arménie, Géorgie) côtoient les modes de vies les plus nomades et rudimentaires, où les bâtisseurs les plus formidables côtoient les kidnappeurs professionnels, il est fort peu probable qu’elles le soient un jour.
La présence Russe dans cette région est assez ancienne, antérieure au XIXième siècle. Lors de la chute de Constantinople déjà, la Géorgie entreprit des démarches auprès des Grands-Princes de Moscou afin de demander leur protection contre des Ottomans plus qu’entreprenants, et des Perses dont ils eurent déjà beaucoup à souffrir. Mais c’est au traité de Gueorgievsk, en 1783, que le roi Irakli II se plaça sous la suzeraineté de l’Impératrice Catherine II, et en 1801 que le fils de ladite, Paul Ier (un grand Empereur calomnié et méconnu) intégra ce pays dans les limites territoriales de l’Empire.
En Février 1828, au traité de Turkmancay qui mit fin à la guerre Russo-Perse, l’Empire Perse céda à la Russie les régions qui correspondent à l’actuelle Arménie indépendante, régions qui connurent enfin une protection qui, sans être parfaite, garantit aux Chrétiens Arméniens une tranquillité, une prospérité et une paix qu’ils n’avaient jamais connus, entre autre sous la direction du général Paskievitch, qui fut un remarquable administrateur.
Cette pénétration se déroula avec l’accord des élites locales, économiques, politiques, qui y voyaient la possibilité de retrouver une position perdue sous les précédents occupants, religieuses, qui voyaient en la Russie, avec raison d’ailleurs, une puissance libératrice et protectrice de populations Chrétiennes, mais aussi avec la participation des populations locales qui confirmèrent le jugement de leurs chefs religieux. Si les Géorgiens feignent une certaine amnésie courtoise et subventionnée en Dollars sur la question (encore que cela dépende beaucoup desquels…), les Arméniens s’en souviennent encore et sont reconnaissants, tout comme ils sont reconnaissants du geste inoui de l’Empereur Nicolas II à leur égard en 1915. Au cours de cette période, le Tsar prit connaissance du sort que les très humanistes Turcs réservaient aux Arméniens de leur empire. Il prit alors une décision sans aucun précédent dans l’histoire militaire en décidant d’ouvrir la ligne de front pour laisser passer les réfugiés, ce que le général Youdenitch fit avec beaucoup d’efficacité, tout en ripostant et en battant les troupes Turques, et il demanda au général Nikolaiev de se porter au secours de la ville révoltée de Van qui, encerclée, menaçait de se rendre aux Turcs. Plus de 300 000 Arméniens purent ainsi se rendre en Empire Russe. (Je ne peux m’empêcher de mettre ce chiffre en parallèle avec les 200 000 vendéens massacrés par ceux qui se considéraient comme « amis de la liberté », mais passons…). Ce geste, inconnu de la plupart des manuels scolaires, mérite pourtant une certaine place dans les hauts faits de notre civilisation et de notre héritage spirituel.
En revanche, le reste des populations Caucasiennes furent, on s’en doute, beaucoup plus réticentes. Au cours de ce qu’on appela les « guerres murides » (du nom d’un courant spirituel islamique, de tendance Soufi, auquel Chamil appartenait par la confrèrerie Nachbandija), les peuplades musulmanes, conduites par Ghazi, puis par l’Imam Chamil menèrent une guerre de guérilla à laquelle les Russes finirent par s’adapter (avec les généraux Vorontsov, puis, plus tard, Bariatinski et surtout Ermolov) et qu’ils finirent par remporter en 1859, lorsque Chamil se rendit à Dimitri Milioutine. Chamil, devenu un loyal sujet du Tsar, finit sa vie dans une semi-liberté confortable alors qu’il était en pèlerinage à La Mecque.
Quoi qu’il en soit, cette conquête fut pour l’ensemble des peuples du Caucase, pour les plus bienveillants comme pour les plus rétifs, une occasion certaine de progrès économique et social. De l’exploitation du pétrole de la Caspienne qui débuta dans les années 1880, à la construction d’infrastructures territoriales, en passant par les possibilités d’échanges économiques et l’élaboration de structures d’instruction et d’éducation, le Caucase en sortit en meilleure posture. Hélas, cet effort fut brisé par la révolution Bolchévique, qui créa la république de Transcaucasie qui perdura de 1922 à 1936. Si l’effort d’industrialisation et de modernisation se poursuivit dans les circonstances tragiques et les coûts humains que l’on sait (encore que le Caucase fut relativement épargné par rapport au reste de l’Union Soviétique, probablement parce que de nombreux révolutionnaires en étaient issus, comme Béria, Ordjonikidze, Froundze, Chaoumian et surtout, bien sûr Djougachvili…), Staline s’arrangea pour créer des divisions administratives et des frontières de RSS ou de RSSA complètement arbitraires, qui contribuèrent à morceler encore d’avantage les peuples et à les placer dans des ensembles complètement artificiels qui allaient être lourds de conséquences plus tard. L’Artzakh donné à la RSS d’Azerbaidjan en est l’un des plus funestes exemples.
A la chute de l’Union Soviétique, ces antagonisme, soigneusement entretenus en sous-main, éclatèrent, par les pogroms antiarméniens de Sumgait et de Bakou, qui menèrent à la guerre du Haut-Karabagh qui fut gagnée par les Arméniens, avec le concours des Russes, au prix de 30 000 morts des deux côtés, mais d’une liberté et d’une dignité retrouvée pour cette Arménie qui n’avait jamais cessé de se retrouver y compris sous la botte communiste. Encore aujourd’hui, les troupes Russes sont présentes dans une Arménie pas du tout pressée de les voir partir. Ils en assurent une partie importante de la sécurité, face à une Turquie toujours hostile (qui avait promis d’anéantir le pays en 24 heures en 1991…) mais aussi, depuis Aout 2010, face aux autres pays du Caucase.
Les lobbies, officines et intelligentsias occidentales qui financèrent et soutinrent le Bolchévisme profitèrent de la chute de ce régime qui avait fini par échapper à leur contrôle, pour reprendre pieds dans un Caucase intéressant pour ses ressources pétrolières et les possibilités de routes qu’il propose pour les acheminer vers les acheteurs potentiels.
Cette tentative de reprise en main, endiguement de la Russie prit plusieures formes. Le soutien massif accordé à des hommes de paille pseudo-démocratiques, l’organisation de toutes pièces de « révolutions colorées » pour mettre au pouvoir ces « héros du peuple » en carton-pâte pour contrôler la vie publique de pays dont on voulait s’assurer la docilité.
Elle prit aussi la forme d’un soutien discret au début, de plus en plus officiel ensuite accordé aux revendications indépendantistes de peuples qui, pourtant, ne vécurent jamais pour beaucoup dans un état à part entière. Cela mena au conflit en Tchétchénie et au Daghestan.
Les Russes répondirent à ces agressions larvées par un contre-soutien à d’autres peuples qui leurs étaient plus favorables, politique maladroite au début (soutien à une Abkhazie avec l’aide de Tchétchènes qui finirent par se demander « pourquoi pas nous »), mais qui se fit plus précise et plus habile ensuite, en particulier avec l’initiative de ce grand professionnel qu’est Vladimir Poutine.
Si la politique des « révolutions colorées » échoua jusqu’à présent en Arménie (qui connut ces tentatives, peu connues en occident du moment qu’elles furent mises en échec), cela réussit en Géorgie avec la mise au pouvoir d’un Saakachvili, qui fit une bonne carrière à l’Époque soviétique pour servir de faux-nez à certains lobbies ensuite. Ses provocations incessantes, aussi déplacées qu’assurées d’une impunité qui allait se révéler illusoire, finirent par déboucher sur l’agression de la capitale de L’Ossétie du Sud par l’artillerie Géorgienne et la riposte méthodique et victorieuse de l’Armée Russe en Aout 2008. Ce conflit absurde dans la mesure où il mit aux prises deux pays qui, par leur patrimoine spirituel et historique commun, auraient dû être naturellement alliés, mit en valeur, outre le retour de la Russie sur la scène militaire et diplomatique internationale, la gigantesque hypocrisie de gouvernements occidentaux qui invoquèrent lors de cette guerre, les arguments de « respect des frontières », d’ »intégrité des États » qui sont exactement ceux qu’ils avaient réfutés dans l’affaire de Kosovo…La pitrerie d’arguments falsifiés, outragés, la révision de l’Histoire de cette région du monde, les contorsions et spéculations intellectuelles malhonnêtes auxquelles se livrèrent alors tous les acteurs considérés dans les pays occidentaux comme détenteurs d’une autorité morale restent un véritable cas d’école.
Cas d’école identique d’ailleurs à celui qui sévit lors de la prise d’otage de Beslan, accompagnée d’atrocités diverses, qui vit les agresseurs devenir agressés et réciproquement, au plus grand mépris des souffrances bien réelles des victimes et de leurs familles, alors que les combats n’étaient même pas encore terminés…
Et justement, le deuxième volet de cette opération perverse, le soutien aux guérillas indépendantistes, fut hélas beaucoup plus efficace. L’Armée Russe, après une stratégie initiale d’attaque frontale par des corps blindés en pleine agglomération (???) qui fut mise en échec par une guérilla bien entrainée et motivée, repris l’initiative et, par une tactique de petits commandos de contre-guérilla, (s’inspirant de ce que les Français firent en Algérie), finit par réduire militairement les bandes armées et à pacifier la région, entre autre par sa capacité de reconstruction d’infrastructures capables d’assurer un certain niveau de vie, ainsi que quelques cadeaux comme cette gigantesque mosquée qui fut construite à Grozny. Ce avec l’aide d’ennemis d’hier, comme la famille Kadyrov, qui fut habilement retournés et qui se mirent du côté où la tartine était beurrée. En excellent psychologue, Vladimir Poutine sut leur parler le langage qu’ils comprenaient.
Cependant, comme tout conflit de ce type, celui-ci se perpétue par des attentats sanglants contre les populations les plus faibles, (métro de Moscou 25 Mars 2010, aéroport Domodedovo…), par des attaques éclair contre des localités des régions voisines, attaques qui s’accompagnent d’atrocités et d’actes de torture contre les populations Russes (sur lesquels la « grosse Presse » ne souhaite manifestement pas s’étendre). Les autorités Russes arriveront probablement à éteindre le conflit sur le terrain, mais, pas plus qu’aucune autre armée au monde, elle ne pourra endiguer complètement la spirale terroriste qui, de par sa structure naturellement cloisonnée, atomisée, difficile à comprendre tant dans ses objectifs que dans sa réalité, reste insaisissable. Il est probable que cette « logique » s’arrêtera d’elle-même, faute de « combustible ». Mais faut-il y compter?
En attendant, les morts continuent de marquer familles et nation. Parmi eux, des exemples, des lueurs d’espoir et de vertu. Un certain Evgueny Rodionov, né le 23 mai 1977, et qui fut fait prisonnier en Février 1996 lors de l’attaque de sa position par une bande de rebelles. Il fut gardé trois mois en captivité par ces gens qui espéraient en tirer une rançon, conformément au business qui sévit dans cette contrée depuis des siècles. Au cours de sa captivité, ses geôliers le torturèrent pour l’amener à renoncer à sa foi Chrétienne, abandonner sa croix de baptême et se convertir à l’Islam. Ce qu’il refusa malgré les mauvais traitements. Le 23 Mai 1996, le jour de son anniversaire, qui était en même temps celui de la fête de l’Ascension cette année-là, il fut martyrisé par décapitation par ses tortionnaires.
Ses geôliers, notamment son meurtrier Ruslan Khaikhoroyev, poussèrent l’inhumanité et le cynisme jusqu’à monnayer à sa famille le récit de sa captivité et le lieu où il était inhumé. Ce qui en dit long sur une certaine mentalité, qui hélas ne se limite pas au Caucase, il faut en être bien conscient. Le récit en question édifia tous ceux qui en prirent connaissance et de nombreuses icônes commencèrent à être réalisées sur lui, icônes qui se révélèrent miraculeuses. Il est pour le moment vénéré de façon locale depuis 2002, mais Père Dimitri Smirnov, aumônier des forces armées Russes, assure qu’il sera canonisé dès que l’ensemble des informations le concernant sera collectée et étudiée. En attendant, sur la tombe qu’une souscription populaire lui offrit, on peut lire les mots suivants :
« Le soldat Russe Evgueny Rodionov est enterré ici. Il défendit la patrie et ne renia jamais le Christ. Il fut exécuté le 23 Mai 1996 sur les hauteurs de Bamut ».
Il n’y a pas qu’un seul Evgueny Rodionov, mais des milliers. Qui sont maintenant pour nous des exemples, des souvenirs, des intercesseurs, des joyaux supplémentaires sur la robe de l’Église.
Tchetnik





Un très bel article, qui résume bien (ce n’est pas facile) l’histoire chaotique de cette région. Staline a compliqué le “problème des nationalités” qui n’en avait pas besoin. A propos d’Evgueny Rodionov, héros de la Russie. Je me souviens d’avoir vu une vidéo de tortures et exécutions de prisonniers de l’Armée russe, c’était vraiment atroce de voir, et d’entendre hurler, ces jeunes soldats blonds mis au supplice, un niveau de sadisme à dresser le cheveux sur la tête. Après ça, une bande de crétins bisounours vient nous parler d’accueillir ces “réfugiés”. Savent-ils que ces tueurs sont parmi nous?
Une très belle plume Tchetnik, c’est un réel plaisir de lire tes textes. De l’Orient à l’Occident, que la bannière du Christ-Roi resplendisse!
En Christ+
Merci pour cette édification.
Je me rend de ce pas en savoir plus sur ce jeune et valeureux soldat.